Lorsque Robin Laing raconte sa première expérience au Tasting Panel (Panel de Dégustation) de la Society, il est difficile d’imaginer qu’il ait été intimidé. Ceci dit, même apres 20 ans d’écriture originale, imaginative et parfois scandaleuse de notes de dégustations, celui-ci reconnait qu’il lui a fallu du temps pour s’y retrouver.

Mr Laing raconte : « Je venais de faire mon première représentation musique et whisky aux Vaults, et j’ai dit à Anne Griffiths, la responsable de l’époque, que j’aurais bien aimé participer à un Panel de Dégustation ». Et d’ajouter « et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, je fus invité à en faire l’expérience. Je croyais que j’allais m’asseoir dans un coin et observer, mais Charlie MacLean, président du Panel de l’époque, insista sur ma participation. Il me dit ‘Bien, entre, et fais-nous entendre ce que tu as à dire.’ Cela a pris un moment pour m’échauffer, mais j’ai rapidement suivi le mouvement, et m’y voilà toujours, 20 ans plus tard ».

Robin n’estime pas avoir le meilleur nez du monde, ceci dit, il n’est jamais en reste lorsqu’il s’agit de décrire avec exubérance l’échantillon en cours de degustation.

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« On me dit souvent que l’on reconnait mes notes de dégustation à leur coté humoristique et à leur verbosité », nous dévoile le goûteur. Puis il continue « Avant toute chose, je suis un auteur-compositeur et un poète, ce qui signifie que j’utilise les mots d’une manière différente des autres, ou que j’introduis des termes étranges ou des figures de style inhabituelles. Les mots sont mon art et mon gagne-pain… Ça n’a pas empêché certains de me demander ‘Mais qui écris ces inepties ?’ »

Il n’est, soit dit en passant, pas impossible que certaines inventions de Mr Laing peuplent vos étagères. Angel in a sauna wearing wellies1 ça ne vous rappelle rien? Delightfully dulcet deliciosity? Sucking lemons before a brass band?

Parfois même, il a recours à la poésie :

Fût No. 29.83: Kissing a Balrog’s2 bum – (Embrasser un Balrog sur l’arrière-train)

Our noses were dazzled and bacon-frazzled

By seaweed (cut and dried)

Coal in a casket, a new-made basket

With orange and bread inside;

A doctor’s bag; a fire-cooked prawn

And grilled black pudding (with sugar on!)

“Oh wow! What a nose” we cried.

The taste was fierce with embers and ash

Hawaiian pork, cooked in a pit;

Our tongues were roasted, twisted and lashed

By the peppery, liquorice hit.

A honey sweet, marshmallow treat

And egg custard were pleasing to some,

But someone said “Ooooh! Incinerated shoe”;

While another kissed a Balrog’s bum

And ran, whimpering, home to his mum.

 

Nos sens, furent aveuglés par du lard calciné,

Des accents maritimes d’algues sèches et brisées,

Du charbon dans un seau, un panier neuf et plein

Riche d’oranges et de pain ; le sac d’un médecin,

Des crevettes « feu de bois », de doux boudins grillés,

Et de nous écrier « Mais quel nez ! Mais quel nez ! »

Au palais braises et cendres, et du porc hawaiien,

Nos langues furent malmenées, torturées et tordues,

De réglisse et de poivre en assauts soutenus,

Des marshmallows, du miel qui se mêlaient fort bien,

Avec la crème anglaise qui plaisait à certains,

Un autre s’écriait « de la semelle brulée ! ? »

L’arrière train d’un Balrog, un autre a embrassé,

Et fila voir sa mère, couinant et apeuré.

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Ou à la prose comme pour le fût No. 53.201: Le grand amour sur une plage de galets/ True love on a pebble beach

Au nez, naissait une image. Un garçon et une fille sur une plage de galets, près d’un feu de camp fumant. Lui, s’était blessé la main tout en ouvrant des huitres. Elle appliquait sur la plaie de l’iode et des bandages sortis d’une trousse de secours. Elle porte un parfum aux notes de fond de teint et de lavande, il lui vole un baiser et regardent tous deux le soleil couchant en se préparant du thé lapsang souchong, puis ils étendent une bâche sur les galets et se régalent de friandises acidulées.

Qu’en est-il des inquiétudes linguistiques ? Les membres étrangers comprendront-ils les références dans les noms tels que <Humbugs3 in a horse’s nose-bag>(des pastilles à la menthe dans le filet d’un cheval) or <Lovehearts4 in a coal sack> (bonbons sucrés et sac a charbon)?

Pour Robin, « Les gens comme Charlie et moi, qui ont grandi longtemps à Edimbourg, ont des images et des souvenirs d’enfance qui leurs reviennent lorsqu’ils hument des whiskys. En effet, « cela peut être des choses très spécifiques comme des bonbons, ou les médicaments que l’on prenait, particulièrement les friandises écossaises. Pour ceux qui l’ignorent Hawick balls5, ce n’est pas une maladie. De même les coques de Berwick6 ne sont pas des coquillages.

« Quoi qu’il en soit, le panel de dégustation a toujours été international et composé d’hommes comme de femmes. Ainsi, chacun apporte sa propre vision du whisky, ses propres références. Le plus important pour les notes de dégustation, c’est qu’elles doivent être informatives, cohérentes et justes, mais ça ne veut pas dire que l’on a pas le droit de s’amuser. »

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Lorsqu’il ne hume pas de whiskys avec le panel de dégustation, Robin écrit et joue en général ses chansons liées au whisky. Son cinquième opus <Whisky and Death> a d’ailleurs récemment été mis en vente.

« La mort n’est pas le thème principal, je voulais simplement une suite à <Whisky for Breakfast> [son album précédent] dans un genre aussi provoquant » nous confie Robin avant d’ajouter : « je suis encore bel et bien vivant, enfin j’espère, et j’ai encore bien des notes de dégustation à faire partager. »

Vous pouvez suivre les informations sur Robin Laing et vous procurer ses disques, y compris Whisky and Death, sur le site www.robinlaing.com

1Bottes en caoutchouc
2Un démon de flammes sorti tout droit du Seigneur des Anneaux
3Bonbon dur à la menthe
4Bonbon dur au gout de fruits avec un message sur l’amour inscrit sur une face
5Sucre caramélisé avec huile de menthe
6Bonbons-poudre à la menthe