Auteur phare du monde du whisky, Charlie MacLean fait le point sur la naissance de La Scotch Malt Whisky Society il y a 35 an de cela. Il revient sur l’influence de la SMWS sur le monde du whisky ainsi que sur son rôle de parmi les présidents du Panel de Dégustation depuis 1992

Charlie MacLean fait partie de la Society depuis ses balbutiements aux Vaults en 1983. Au départ, adhérent enthousiaste, il devient rapidement membre du Panel de Dégustation dont il deviendra l’un des présidents en 1992.

Assis dans son domicile d’Édimbourg, entouré de livres et d’échantillons, Charlie fait le point sur la naissance de la Society et le rôle qu’elle a joué dans le monde du whisky au sens large.

Pour lui, « le lancement était une histoire de pionnier. Il faut se rappeler que l’industrie du whisky était encore dans son enfance à cette époque. Tant Macallan que Glenmorangie n’ont commencé à faire du battage et de la publicité autour de leurs malts qu’en 1981, ce qui est complètement inconcevable aujourd’hui. A cette époque, il convient également de souligner que moins d’un pourcent de la production de whisky était mise en bouteille en tant que single-malt. Une seule bouteille sur cent ».

The Vaults had an 'honesty box' system to sample whiskies before the Members' Rooms were completed.

Charlie continue en rappelant qu’au même moment « l’industrie était en crise, le chaos était total, les ventes en chute libre et maintes distilleries se virent contraintes de mettre la clé sous la porte. Mais, sur ce noir tableau, la Society a joué un rôle de taille dans le développement de nouvelles tendances, et se mit à croitre, contre toute attente, avec l’essor du whisky single malt ».

Lorsque Charlie découvrit les Vaults à Leith, l’espace membre tel qu’on le connait aujourd’hui n’existait pas encore. Qu’à cela ne tienne, il s’agissait déjà d’un lieu de rencontre et de partage ou les fondus de whisky se retrouvaient pour partager un dram de whisky single malt single cask, une boisson complétement inconnue à l’époque »

MacLean se rappelle : « Il y avait une petite commode dans un coin de la pièce, ou se trouvaient des échantillons et une caisse commune. Vous pouviez ouvrir les échantillons, les humer, les gouter et mettre de l’argent dans la caisse commune en contrepartie. Souvent l’un ou l’autre membre présent en apostrophait un autre avec un ‘Woah ! Il faut que tu goutes celui-ci, sers t’en un verre et mets ton dû dans la caisse’ ».

« Comprenez que déguster le whisky single cask, brut de fut sans filtration à froid ni colorant était une toute nouvelle idée, inédite, même ! Ce produit n’existait pas avant que la Society se lance dans l’aventure ».

Charlie a vu la Society se transformer d’un petit groupe de passionnés partageant des échantillons de whiskies single casks bruts de futs aux Vaults en une communauté de plus en plus vaste et internationale. En parallèle, Charlie affinait sa plume tant et si bien qu’après s’être offert une formations intitulée The Sensory Evaluation of Potable Spirits (évaluation sensorielle des spiritueux potables) donné par Dr Jim Swan et Sheila Burtles par Pentlands Scotch Whisky Research [précurseur de l’actuel Scotch Whisky Research Institute] en 1992, il se consacra intégralement à l’écriture.

Completing a course in the sensory evaluation of whisky with Dr Jim Swan changed Charlie's life, he says.

Charlie témoigne : « Cette formation a changé ma vie. J’avais plus ou moins fini mon premier livre sur le whisky, mais après ce cours sur l’évaluation sensorielle, j’ai remis le pied à l’étrier et réécrit toutes mes notes de dégustation !

Peu après, le directeur général de la Society, à l’époque Richard Gordon, m’a offert de présider au Panel de Dégustation de la SMWS. Les notes de dégustation du Panel avaient toujours été provocantes et exubérantes et mon rôle était d’encourager ce processus tout en en rationalisant la structure : ne pas évoquer le gout d’un whisky avant d’en avoir abordé la couleur, etc. Ce genre de choses ».

Charlie préside aux Panels de Dégustation régulièrement depuis lors, fournissant son expertise quand qu processus de sélection des whiskies single casks estimés dignes de faire partie de la collection de la Society.

Comme l’explique Charlie, « il arrive de tomber sur des futs qui ne sont pas mauvais mais qui ne sont pas assez exceptionnels pour être mis en bouteille en tant que single malt single cask. La Society recherche des malts de distinction, c’est-à-dire un exemple exceptionnel de l’un ou l’autre malt ou de parfaits contre-exemples des produits de certaines marques ».

Et de continuer « en somme, nous recherchons quelque chose d’à la fois intéressant et bon à boire. Quelque chose qui, dans l’idéal, incarne deux caractéristiques clé du whisky : maturité et caractère d’une distillerie ».

Charlie on the Tasting Panel, making his selection for July's Outturn.

Charlie s’est également penché sur le langage utilisé dans les notes de dégustations, qui combinent subjectivité, dans ce que les panellistes perçoivent du whisky, et des indicateurs spécifiques que la majorité estiment présents dans l’échantillon.

Pour Charlie, « la SMWS est la première organisation qui s’est focalisée sur les saveurs et a développé un nouveau langage pour parler du whisky. L’atout fondamental de la Society et de ses single casks réside dans leur variété. En effet, chaque fut peut être si différent qu’il faut que les notes de dégustation le soulignent ».

Et d’illustrer : « le mot ‘fruité’, par exemple, est très commun, tout particulièrement pour les whiskies du Speyside, mais le panel de dégustation va aller plus dans le détail : parle-t-on de fruits secs, de fruits frais, de citrus, de fruits en conserve, de fruits cuits, de pommes au four ? Tout ceci fait partie de l’amusement ».

« Nous n’en inventons pas des mots fantaisistes pour autant, il y a un excellent exemple d’un panel qui a décrit un whisky d’Islay en ces mots : charbon et combinaison de plongée. Un adhérent, de passage aux Vaults, nous a reproché d’écrire des notes de dégustation absurdes. Nous avons donc pris un échantillon du whisky en question et l’avons soumis à un groupe de membres choisis aléatoirement. Dans leurs descriptions, le nez est décrit comme rappelant le néoprène et le gout de manière plus que semblable à nos notes de dégustations. CQFD ! »

Au cas où vous souhaiteriez affiner votre odorat au point de pouvoir déceler le néoprène dans votre prochaine bouteille, Charlie a encore un conseil à prodiguer.

« On me dit souvent, ‘vous avez probablement le meilleur emploi du monde’, boire du whisky, écrire sur ce que je bois et en parler. Comment arrive-t-on à un tel job ? L’entrainement, l’entrainement en toute chose et à chaque instant ».